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Présentation

Professeur d'histoire-géographie depuis la rentrée 2004, j'enseigne depuis 2008 dans un collège du Pas-de-Calais.

Titulaire d'un master recherche en histoire politique contemporaine sur l'antifascisme dans le bassin minier du Pas-de-Calais, je prépare actuellement un doctorat en histoire politique contemporaine sur le Parti communiste et la CGTU dans le Pas-de-Calais durant l'entre-deux-guerres. 

Je suis membre du bureau de la régionale Nord-Pas-de-Calais de l'Association des Professeurs d'Histoire et de Géographie.

Je suis également membre du Bureau de la CGT Educ'action du Pas-de-Calais, du Bureau Académique de la CGT Educ'action Nord-Pas-de-Calais ainsi que du Conseil Scientifique de l'Institut Régional d'Histoire Sociale de la CGT Nord-Pas-de-Calais.

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Publié par David Noël

"Jésus annonçait le Royaume et c'est l'Eglise qui est venue". La formule du théologien Alfred Loisy (1857-1940) sert de fil rouge à la nouvelle série documentaire de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, dont Arte diffusera les douze épisodes le mercredi et le samedi du 3 au 20 décembre.

Après Corpus Christi (1997) et L'origine du christianisme (2004), L'Apocalypse vient cloturer le fascinant travail entrepris par Mordillat et Prieur à la recherche du Jésus historique et de l'origine du christianisme.

Le premier volet de la série, centré sur la Passion du Christ rapportée par l'Evangile de Jean nous entraînait à la rencontre du Jésus historique, un rabbin galiléen, sans doute plus proche des Pharisiens que ne le laissent à penser les polémiques anti-pharisiennes des Evangiles, qui nous renseignent plus sur les circonstances de la rédaction des Evangiles que sur la vraie personnalité du Jésus historique.
Réformateur pleinement inscrit dans le judaïsme de son temps, Jésus partage avec les Baptistes et les Esséniens les conceptions eschatologiques de nombreux Juifs nationalistes qui se révolteront en 70 contre les Romains et seront écrasés par Titus.
Les chercheurs sont divisés sur le contenu politique du message de Jésus, effacé lors de la rédaction des Evangiles, entre 70 et 90.
Mais le Royaume d'Israël renouvelé et eschatologique que Jésus attendait était un royaume purifié de la présence romaine. La prédication de Jésus menaçait l'ordre romain et Ponce Pilate, le procurateur de Judée brutal que nous décrit Flavius Josèphe dans les Antiquités Juives le savait. L'historien Jean-Pierre Lemonon, qui apparaît dans les trois volets de la trilogie de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, démontre dans Corpus Christi et dans sa biographie de Ponce Pilate que Pilate était le seul à pouvoir faire appliquer une condamnation à mort. On est loin du portrait d'un personnage hésitant décrit par l'Evangile de Jean pour mieux pointer du doigt la responsabilité des Juifs à un moment où, après la chute du Temple en 70, les chrétiens ont été rejetés hors du judaïsme officiel.  

En 2004, L'origine du christianisme s'intéressait aux Actes des Apôtres et aux lettres de Paul et expliquait comment le petit groupe de juifs disciples de Jésus en vient à rompre avec le judaïsme. Jacques - le frère de Jésus - et Paul s'affrontent à l'occasion du Concile de Jérusalem. La communauté de Jérusalem dirigée par Jacques selon un modèle familial assez classique respecte les observances de la Torah alors que Paul s'adresse aux païens et leur propose un judaïsme simplifié, qui évacue la Loi juive remplacée par la seule foi en Jésus.

Ce troisième volet de la série documentaire, diffusé comme les précédents sur Arte, part lui aussi d'un texte du Nouveau Testament, l'Apocalypse de Jean de Patmos, qu'on a parfois identifié - vraisemblablement à tort - à l'apôtre Jean, fils de Zébédée.
44 chercheurs, exégètes, théologiens, historiens de l'empire romain et du christianisme primitif, filmés devant un fond noir dans un dépouillement radical qui remet la parole et le texte au centre du jeu nous expliquent tout au long des douze épisodes de la série quelles sont les attentes eschatologiques des chrétiens, pourquoi ils sont persécutés sous Néron et acceptent le martyre, comment ils constituent le Nouveau Testament, comment face aux hérésies, une orthodoxie se met en place, rejetant les idées de Marcion et celles des Gnostiques.

Avec la conversion de Constantin et surtout le règne de Théodose, c'est l'empire romain tout entier qui devient chrétien. L'historien Paul Veyne montre comment cet empire sous-administré qu'était l'empire romain a pu s'appuyer sur une institution centralisée et des évêques devenus les relais du pouvoir impérial. Quelle était la part de calcul et la part de sincérité de Constantin lorsqu'il choisit de se convertir ? Le débat n'est pas tranché, mais la conversion de Constantin inaugure une ère nouvelle, avec une Eglise institutionnalisée, qui élabore un dogme, une orthodoxie lors du concile de Nicée qui condamne l'arianisme.
On en revient à la formule d'Alfred Loisy et au final, à celle de l'antijudaïsme chrétien. Cet antijudaïsme présent dans des textes du IVe siècle est quelque chose de tout à fait paradoxal. Jésus annonçait aux Juifs un Royaume d'Israël renouvelé et eschatologique, purifié de la présence romaine. En se séparant du judaïsme qui s'était réorganisé autour des Pharisiens après la chute du Temple en 70, les chrétiens ont évacué la portée politique du message de Jésus, ont réinterprété les textes de la Bible, ont jeté un voile sur leurs racines juives, mais l'existence du judaïsme leur rappelle sans cesse que Jésus, a fondé une religion à laquelle il n'a jamais appartenu et vient questionner en permanence la foi des chrétiens. C'est la raison pour laquelle le christianisme, devenu religion d'Etat, va si facilement devenir persécuteur.

Disons-le tout net, L'Apocalypse, comme les deux autres volets de la série de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, est une petite merveille télévisuelle. L'ensemble de la série dresse en 34 épisodes un panorama précis et exigeant des connaissances historiques les plus actuelles sur la naissance du christianisme. Si certains croyants peuvent être troublés par la démarche résolument historienne de Mordillat et Prieur, on ne peut qu'être séduit par une série qui redonne de la chair au Jésus historique, éclaire les textes et, dans un dépouillement radical, nous donne à voir le spectacle de l'intelligence. A voir absolument !
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