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Présentation

Professeur d'histoire-géographie depuis la rentrée 2004, j'enseigne depuis 2008 dans un collège du Pas-de-Calais.

Titulaire d'un master recherche en histoire politique contemporaine sur l'antifascisme dans le bassin minier du Pas-de-Calais, je prépare actuellement un doctorat en histoire politique contemporaine sur le Parti communiste et la CGTU dans le Pas-de-Calais durant l'entre-deux-guerres. 

Je suis membre du bureau de la régionale Nord-Pas-de-Calais de l'Association des Professeurs d'Histoire et de Géographie.

Je suis également membre du Bureau de la CGT Educ'action du Pas-de-Calais, du Bureau Académique de la CGT Educ'action Nord-Pas-de-Calais ainsi que du Conseil Scientifique de l'Institut Régional d'Histoire Sociale de la CGT Nord-Pas-de-Calais.

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Publié par David NOËL

Histoire-359.jpgPlusieurs ouvrages reviennent ces jours-ci sur la naissance du Parti Communiste, au congrès de Tours, en décembre 1920, dont on fête le 90ème anniversaire.

Il y a deux semaines, j'ai acheté le livre qui me paraissait le plus intéressant, "Camarades ! La naissance du Parti Communiste en France", de Romain Ducoulombier, dont je ferai un compte-rendu de lecture sur mon blog quand je l'aurai achevé. A côté, sur l'étal de Cultura, il y avait le dernier bouquin de Stéphane Courtois, qui paraissait beaucoup plus polémique et dont je me suis méfié.

Le dernier numéro du magazine l'Histoire, que je viens d'acheter, consacre son éditorial et son dossier à cet événement et leur donne la parole : Romain Ducoulombier signe un article sur le "big bang" du Congrès de Tours et Stéphane Courtois sur "le tour de vis bolchevique".

Parmi les autres auteurs, on retrouve Marc Lazar, qui signe la préface de l'ouvrage de Romain Ducoulombier et Annette Wieviorka, qui a sorti récemment "Maurice et Jeannette", une biographie du couple Thorez que j'ai achetée cet été.

Le moins que l'on puisse dire est que le dossier de l'Histoire est un dossier à charge. Romain Ducoulombier montre pourtant dans son article que la naissance du PCF au congrès de Tours s'inscrit dans un contexte bien particulier : dès avant 1914, une partie de la SFIO veut régénérer le parti socialiste. Marquée par l'expérience de la guerre, le refus du ministérialisme et de l'union sacrée, une nouvelle génération arrive aux commandes de la SFIO et s'enthousiasme pour le bolchevisme. Si Romain Ducoulombier revient bien dans son article (et surtout dans son livre) sur les aspirations et les espoirs de cette nouvelle génération militante, mais aussi sur les malentendus engendrés par le bolchevisme, le reste du dossier est uniquement à charge : aveuglement des "pélerins de Moscou", Cachin et Frossard, tour de vis bolchevique...

J'ai de grosses réserves sur l'article final de Marc Lazar, "une passion non éteinte" et sur l'éditorial du magazine, "Faisons un rêve". La rédaction de l'Histoire rêve d'une France où il n'y aurait pas eu de PCF, mais un grand parti social-démocrate à la suédoise qui assumerait son réformisme, mais "on ne refait pas l'histoire" convient tout de même le magazine. Certes. L'Histoire est en droit de préférer les partis sociaux-démocrates aux partis communistes, mais passe un peu vite sur les grands mouvements populaires de 1936 et de mai 1968 qui ont vu des millions de grévistes - et parmi eux, les communistes étaient nombreux - occuper les usines et obtenir des conquêtes sociales. Dans la même situation, qu'aurait fait un parti social-démocrate ? Avec ce type d'analyse, on quitte le champ de l'histoire et de ses interrogations (Qui étaient les militants présents au congrès de Tours ? Que voulaient-ils ? Que savaient-ils du bolchevisme ?) pour entrer dans le champ de l'opinion politique, mais ce n'est pas la première fois que l'Histoire nous fait le coup...

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FERRETTE François 19/08/2011 15:40



Bonjour,


je vous communique la critique que j'ai faite lors de la parution du livre de R. Ducoulombier et paru sur le site Militant.


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A y regarder de près, la production éditoriale est florissante à l’occasion des 90 ans du PCF. Stéphane Courtois vient de sortir Le bolchevisme à la française, la
revue L’Histoire consacre plus d’une vingtaine de pages sur la naissance du PCF et Tzvetan Todorov, un spécialiste de l’histoire des idées, publie le siècle des totalitarismes avec une photo de Lénine en couverture.


De leur coté, les éditions Perrin viennent de publier un nouvel ouvrage sur la naissance du Parti communiste. Romain Ducoulombier en est l’auteur, jeune historien de 34 ans qui suit les pas de
François Furet et de Marc Lazar. Ces noms ne doivent sans doute rien dire pour les néophytes mais dans les milieux universitaires, ces derniers se sont fait remarquer par une critique radicale du
« fait révolutionnaire » assimilé au totalitarisme. Romain Ducoulombier semble devenir une référence en matière de socialisme et des débuts du communisme français, une couverture
médiatique lui assurant un certain relais auprès d’un assez large public (citons la revue L’Histoire mais aussi l’émission Historiquement
show animée par Michel Field).


 


Disons le tout net, la recherche historique est l’objet d’enjeux si importants que l’objectivité semble devoir être remise à plus tard, lorsque les intérêts de classe auront disparu. D’ici là, il
faut se contenter d’une histoire partisane et prendre la distance nécessaire lorsqu’on lit des ouvrages portant sur le mouvement ouvrier. Il faut donc prendre ces productions éditoriales comme
l’expression d’un moment historique, actuellement en faveur de la classe dominante.


 


De nouvelles connaissances historiques


 


Il serait caricatural de circonscrire le livre de Romain Ducoulombier à un simple discours historique entièrement tourné contre le Parti communiste. D’une part, les enjeux dépassent les rangs du
PCF car ils intéressent tous les partisans du changement de société, nous y reviendrons. D’autre part, il apporte des informations nouvelles qui permettent de faire progresser nos connaissances
sur le mouvement socialiste en 1920.


 


On partage généralement les courants de la SFIO de l’époque en trois grands ensembles, la droite, le centre et la gauche. La droite avait soutenu les gouvernements français entre 1914 et 1918, le
vote des crédits de guerre et défendant la IIè Internationale, le centre ayant été pacifiste et se tournant de façon critique vers l’Internationale communiste. La gauche se positionnait de
manière très nette en faveur de la paix, des soviets et des bolcheviks. Ce que l’on ne connaissait pas, c’était la collaboration étroite, bien avant le congrès socialiste de Tours (décembre 1920)
qui verra la naissance du parti communiste, entre la droite et les centristes en vue du maintien de la SFIO en 1921. Officiellement, ces deux tendances s’affrontaient en des options différentes
mais leurs relations ne pouvaient être officialisés car cela aurait servi d’argument contre les centristes par la gauche, incarnée par le Comité de la IIIè Internationale.


 


La place de cette tendance communiste au sein de la SFIO est désormais mieux prise en compte. Ce Comité fut le principal point de fixation des forces révolutionnaires dans et hors le PS, dont
l’audience fut longtemps négligée. Le rôle de Clara Zetkin au sein du congrès de Tours y est précisé alors que l’on pensait que les dirigeants du Comité de la IIIè contrôlaient tout depuis la
prison de la Santé, où ils étaient enfermés depuis mai 1920. C’est dans cette prison que fut rédigée en partie la motion d’adhésion du congrès. En réalité Zetkin, eut un poids important, elle
avait organisé quelques réunions avec des représentants de l’aile gauche du centrisme qui avait compris que le prisme communiste devenait incontournable, certains s’y tournant sincèrement. Ce
faisant, ils étaient devenus des alliés de la gauche. Au cours de ces réunions, quelques propositions furent d’ailleurs avancées comme la dissolution du Comité de la IIIè Internationale,
instamment demandée par Cachin. Romain Ducoulombier précise que les militants avaient à leur disposition un hangar avec un accès pour la poste, le téléphone et le télégraphe, permettant de
communiquer rapidement avec les principaux responsables français et étrangers pour échanger les points de vue. Tout ceci est éclairant sur les derniers jours qui vont décider de la création du
PC. Mais dès que Romain Ducoulombier quitte la description et investit le champ de l’analyse, les choses se gâtent.


 


Régénérer le socialisme ou la tentative totalitaire


 


Romain Ducoulombier travaille depuis de nombreuses années maintenant sur le mouvement socialiste et sur la notion de régénération. Dans sa version remaniée de DEA, présentée en 2003, (en ligne
sur le site de la Fondation jean-Jaurès) cette notion est l’axe central visant à démontrer que les premiers communistes étaient porteurs d’un germe totalitaire incarné par l’idée de régénération.
Dans le livre Camarades !, cette notion passe en toile fond, elle est plus diffuse. De façon plus directe, on lit dans sa version remaniée du DEA :
« Dans sa nouveauté, la bolchevisation constitue pourtant un effort, inconnu jusqu’alors par son ampleur et par sa force, pour ranimer la dynamique totalitaire
insufflée au lendemain de Tours par les meilleurs représentants du Comité de la IIIe Internationale. » Il indique encore : « Au cœur de cet idéal régénérateur, dans sa version à la fois radicale et pure, reposent de fortes prédispositions au totalitarisme ». Sur le
fond, il réinvestit une grille de lecture de l’histoire du communisme puisée notamment chez François Furet pour comprendre les motivations des premiers communistes. Dans la préface du livre
Camarades !, Marc Lazar regrette visiblement « le refus de l’auteur de
qualifier de totalitaire ce premier parti communiste au prétexte qu’il n’aurait pas accédé au pouvoir alors que toute sa recherche démontre que le PCF naissant signe la formation d’un mouvement
totalitaire ». Son DEA va donc plus loin que son livre édité chez Perrin. Il s’intègre bien plus dans la continuité de François Furet et présente un Ducoulombier aux positions plus
tranchées.


 


 


 


Plus grave, la version remaniée du DEA précise la portée historique de sa critique, là encore en pleine filiation avec Furet. Il écrit : « L’espoir d’une
régénération révolutionnaire de l’homme et du corps social par le socialisme n’est pas une idée neuve au sortir de la Première Guerre mondiale. Tout au long du XIXe siècle, les différents
courants socialistes français, utopiques ou marxistes, en ont tous conçu la nécessité, sans jamais parvenir à le réaliser. La Révolution française avait fait de l’idée de régénération la compagne
intime de l’idéal révolutionnaire ». Fallait-il ou non faire la Révolution en 1789 ? De critique en critique, ces universitaires vont
jusqu’à contester la révolution